DES RÊVES DANS LA MARGE

Mona Chollet, Sorcières : La puissance invaincue des femmes

Résumé de l’éditeur

Qu’elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ?

Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante — puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant — puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.

Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

Mona Chollet est journaliste au Monde diplomatique. Elle est notamment l’auteure de Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine et de Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique.

Zones

Fiche technique

Titre Sorcières : La puissance invaincue des femmes

Autrice : Mona Chollet

Édition : Zones

Genre : Essai

Nombre de page : 240

Date de parution : 14.09.2018

Âge : À partir de 15 ans

Prix : 18.00€

Récompense : Prix de l’essai Psychologies-Fnac 2019

Mon avis

Une chose est sûre, c’est que mon année 2022 sera marquée par un nouveau mode de lecture : les livres audio. J’ai débuté cette expérience en Mai (il y a 4 mois) et depuis j’en ai déjà écouté 5. C’est par ce biais que j’ai décidé de me lancer dans un livre que je voulais découvrir depuis longtemps (il était déjà dans ma PAL du Pumpkin Autum Challenge en Septembre dernier, mais ça remonte à bien avant). Tu l’auras compris, nous allons parler aujourd’hui de Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet.

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai croisé ce livre sur la bookosphère depuis des années, celui-ci étant à chaque fois présenté comme un essai féministe incontournable. Pourtant, ce n’est pas vers lui que j’ai décidé de me tourner lorsque j’ai voulu commencer mon “éducation” autour du féminisme. Et je crois que cette anecdote à son importance dans mon avis final sur cette lecture. Tu vas vite comprendre pourquoi.

Un début plein de promesses

J’ai très vite pensé, en lançant la lecture de Sorcières, que cet essai allait me marquer, s’écouter très vite et être très instructif. C’est en tout cas le sentiment que j’ai eu lors de ma découverte de l’introduction que l’autrice a nommé “Les Héritières”. Cette introduction fut vraiment passionnante à mes yeux. Parce qu’elle reprend toute la période historique des “origines”, de comment le terme “sorcière” est arrivé, jusqu’aux fameuses chasses aux sorcières qui ont décimé les femmes d’Europe aux XVI° et XVII° siècles.

Pourquoi l’invention de ces “sorcières” qui ne faisaient en réalité que gêner le travail des médecins masculins et de l’Église. Comment ces derniers sont parvenus à délégitimer ces guérisseuses auprès de toute la population. À quel point cette “chasse à la femme” a eu des effets désastreux sur le futur proche des pays impactés. Mais surtout, l’ampleur aujourd’hui du négationnisme qui existe au sein même des historiens qui se battent à corps et à cris pour tenter de prouver que les chasses aux sorcières n’ont tout simplement jamais existé, ou bien dans des proportions bien moindres que ce que l’on veut nous faire croire. (Ça n’étonnera certainement personne si je te dis que ces individus sont en grande majorité des hommes.) Alors que l’on tend aujourd’hui à penser que les estimations des recensements de féminicides de l’époque sont bien en dessous de la réalité.

Encore une fois, j’ai été captivée par cette entrée en matière. C’était un pan de l’histoire des femmes que je n’avais fait qu’effleurer avant et qui me donne maintenant l’impression de détenir une clé majeure vers la compréhension du pourquoi et du comment leur persécution a existé et existe encore aujourd’hui. J’aurais adoré que l’essai tout entier soit consacré à cette période… Mais ce ne fut malheureusement pas le cas.

Le soufflet retombe

Cette (trop courte) introduction est suivie de 4 grandes parties qui divisent le reste du livre :

  1. Une vie à soi. Le fléau de l’indécence féminine.
  2. Le désir de la stérilité. Pas d’enfant, une possibilité.
  3. L’ivresse des cimes. Briser l’image de la “vieille peau”.
  4. Mettre ce monde cul par-dessus tête. Guerre à la nature, guerre aux femmes.

À partir de mon entrée dans “le vif du sujet”, ma lecture a totalement changé de dimension. Si j’avais eu l’impression dans l’introduction de découvrir une vision très novatrice sur un sujet dont on parle trop peu, la suite du propos de Mona Chollet m’a paru extrêmement redondant.

Je n’exagère pas en te disant que 87% de son développement ne représentait pas une nouveauté pour moi. C’était des réflexions que j’avais déjà entendues dans plusieurs autres ouvrages consacrés au féminisme. Cela aurait pu ne pas être dérangeant si ses idées n’avaient pas été aussi répétitives. J’ai même pensé à mettre mon écoute de côté durant ma traversée de la deuxième partie de l’essai – celle sur la maternité. J’avais l’impression de tourner en rond et de sans cesse entendre une reformulation de la phrase précédente. Avec ce sentiment est arrivé celui de la sensation de ne pas avancer dans ma lecture, et donc une grande lassitude, suivi (il faut bien le dire) d’un certain ennui.

De bons points malgré tout

Mais qu’en est-il des 13% restants ? Eh bien ils étaient plutôt bons et intéressants. J’ai en particulier beaucoup apprécié la quatrième partie en général, mais surtout le passage où Mona Chollet étudie la manière dont les femmes sont traitées dans le milieu médical. C’est en effet un sujet auquel je suis attachée, par des expériences personnelles mais aussi et surtout depuis ma rencontre avec les écrits de Martin Winckler et de Baptiste Beaulieu. L’autrice est parvenue à me surprendre (dans le bon sens) avec la façon dont elle a traité cette notion, ce qui m’a aidé à achever ma découverte de Sorcières sur une note plus positive que ce à quoi j’aurai pu m’attendre.

Ne vas donc pas croire que cette lecture ne fut qu’une grosse déception. Elle possède de gros atouts. Comme celui d’être excellemment bien documentée et sourcée, avec de nombreuses références et citations au travail ou aux propos d’autres personnes. (Au point que ça en devenait un peu trop pour moi parfois, dans des moments où j’avais l’impression d’avoir un bloc de citations collées là sans véritables explications de la part de l’autrice. Mais passons.) Je comprends donc que cet ouvrage ait pu parler à de nombreuses personnes.

Un livre pour un public précis

Comme je l’ai donc dit au début de cette chronique, je pense que la raison principale de mon non-engouement pour Sorcières tient dans le fait que cet ouvrage constitue une première entrée dans le milieu du féminisme. C’est une introduction générale qui reprend les grands principes de ce mouvement. Cet essai s’adresse donc aux néophytes, à celles et ceux qui souhaitent faire leur premier pas dans la cause des femmes. Étant donné que Sorcières était ma septième lecture sur le sujet, je pense avoir déjà été bien informée sur les fondements du sujet par les livres et les autrices qui l’ont précédée. J’en attendais donc plus. Surtout en ayant vu tous ces très bons avis fleurir un peu partout.

En bref

Mon écoute du livre audio Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet lu par Aline Afanoukoe restera donc une lecture en demie-teinte, mais que je ne regrette cependant pas. Elle m’aura permis d’en apprendre plus sur les réalités des chasses aux sorcières des siècles passés et d’enrichir mes références bibliographiques sur le féminisme. Je n’hésiterai d’ailleurs pas à conseiller cet essai à une personne qui souhaiterait débuter dans l’apprentissage de ces connaissances !

La citation

Dans les procès, elles ont représenté en moyenne 80 % des accusés et 85 % des condamnés. Elles étaient aussi plus démunies face à la machine judiciaire : en France, les hommes comptaient pour 20 % des accusés, mais ils furent à l’origine de 50 % des procédures en appel auprès du Parlement. Alors qu’auparavant les tribunaux refusaient leur témoignage, les Européennes n’accédèrent au statut de sujets à part entière aux yeux de la loi que pour être accusées en masse de sorcellerie. La campagne menée entre 1587 et 1593 dans vingt-deux villages des environs de Trèves, en Allemagne – lieu d’apparition et épicentre, avec la Suisse, des chasses aux sorcières –, fut si féroce que, dans deux d’entre eux, elle ne laissa plus qu’une femme encore en vie ; en tout, on en avait brûlé 368. Des lignées féminines entières furent éliminées : les charges contre Magdelaine Denas, brûlée dans le Cambrésis en 1670, à l’âge de soixante-dix-sept ans, n’étaient pas très claires, mais on avait déjà exécuté sa tante, sa mère et sa fille, et on pensait que la sorcellerie était héréditaire.

Mona Chollet, Sorcières : La puissance invaincue des femmes

Ma note

Le mot de la fin

La chronique du jour est terminée ! J’espère qu’elle aura pu te divertir un peu et t’éclaicir sur cet ouvrage emblématique du mouvement féministe.

Si tu ne penses pas que l’essai de Mona Chollet puisse être une lecture qui te corresponde, voici une sélection des autres livres que j’ai eu l’occasion de lire sur le sujet et que je te recommande chaudement :

Avec ça, tu devrais être paré pour l’aventure !

De mon côté, je vais partir à la recherche de livres qui se consacreraient uniquement à la période historique des chasses aux sorcières car je sens qu’il me reste des choses à apprendre. Est-ce que, à tout hasard, tu en aurais un à me conseiller ? Je prends tous les conseils que l’on peut me donner.

En attendant, je te souhaite une bonne journée et te dis à bientôt pour un nouvel article !

Amandine Stuart

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