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Chronique Lecture | Arpenter la nuit, de Leila Mottley

Couverture de la version audio du livre Arpenter la nuit de Leila Mottley

Résumé d’Arpenter la nuit

En Californie, une adolescente noire est décidée à survivre, coûte que coûte, dans un monde qui se refuse à la protéger.

Un premier roman coup de poing.

Kiara, dix-sept ans, et son frère aîné Marcus vivotent dans un immeuble d’East Oakland. Livrés à eux-mêmes, ils ont vu leur famille fracturée par la mort et la prison. Si Marcus rêve de faire carrière dans le rap, sa sœur se démène pour trouver du travail et payer le loyer. Mais les dettes s’accumulent et l’expulsion approche.

Un soir, ce qui commence comme un malentendu avec un inconnu devient aux yeux de Kiara le seul moyen de s’en sortir. Elle décide de vendre son corps, d’arpenter la nuit. Rien ne l’a préparée à la violence de cet univers, et surtout pas la banale arrestation qui va la précipiter dans un enfer qu’elle n’aurait jamais imaginé.

Un roman à la beauté brute, porté par la langue à fleur de peau de Leila Mottley.

Éditions Audiolib

Fiche technique

Titre : Arpenter la nuit

Autrice : Leila Mottley

Éditeur d’origine : Albin Michel

Nombre de pages : 416

Date de parution : 07.06.2022

Âge : À partir de 16 ans

Formats & Prix : Grand Format : 21.90€  Poche : 9.20€  Ebook : 8.99€  Audio : 23.95€ (ou un crédit)

Écouter un extrait :

Mon avis sur Arpenter la nuit

Après ma grosse déconvenue avec Perspective(s) de Laurent Binet, j’ai poursuivi ma découverte de la sélection du Prix Audiolib 2024 en m’attaquant à Arpenter la nuit de Leila Mottley, le seul roman traduit de cette sélection et dont j’avais déjà entendu parler lors d’une précédente rentrée littéraire.

Finalement, j’ai apprécié cette lecture forte et engagée qui ne peut que nous toucher et nous marquer.

Arpenter la nuit : un roman engagé et maîtrisé

L’autrice s’attaque à un sujet lourd et difficile : la prostitution. Et j’avoue que je redoutais un peu la manière dont elle allait le traiter, mais j’ai été très agréablement surprise de constater qu’Arpenter la nuit ne fait pas dans la violence gratuite. Les scènes de viols sont très peu décrites, avec juste les mots qu’il faut pour nous faire comprendre ce à quoi nous avons affaire. Les choses sont plus suggérées que montrées, ce que j’ai trouvé très intelligent de la part de Leila Mottley qui rend son roman accessible tout en n’atténuant pas la gravité des évènements du récit.

Mais au-delà de la prostitution, Arpenter la nuit est aussi un roman social qui s’attaque aux réalités de la vie d’une jeune fille noire des quartiers défavorisés des États-Unis. On arpente littéralement la ville d’Oakland pour nous confronter aux violences policières, à la défaillance de la justice (souvent corrompue), à la délinquance endémique, à la pauvreté et aux impasses sociales… En somme : à une vie dont on ne sait pas comment s’extraire. Voilà ce que vit Kiara, 17 ans, qui porte seule le poids des responsabilités familiales et va tout faire pour protéger et prendre soin des gens qu’elle aime – entre son grand frère Marcus qui se noie dans le déni et son petit voisin abandonné par sa mère toxicomane. Et ce qui ne devait être qu’un moyen occasionnel de payer le loyer va devenir une spirale infernale dont il est impossible de s’extraire.

La narratrice du livre audio, Amélia Ewu, réussit parfaitement sa mission en incarnant admirablement Kiara et l’image que je m’en suis faite. Sa voix chaude et grave et son ton d’une justesse chirurgicale se fondent à merveille au personnage, si bien qu’elles sont désormais indissociables l’une de l’autre à mes yeux. Cette version audio est donc un gros plus qui valorise vraiment le texte original.

C’était donc une lecture puissante et qui réussit, à mon sens, son pari de dénonciation. On s’attache aux personnages, on compatit face à leur sort et on espère que leur destin qui semble tout tracé finisse par s’enrayer. Et pour tout ça, j’ai aimé Arpenter la nuit. Pour autant, j’avoue que je m’attendais à ce que l’autrice vienne me bouleverser davantage. J’aurai aimé que mes émotions – que ce soit la révolte, la tristesse ou la compassion – restent moins en surface et s’ancrent plus en moi, de façon à me marquer (non seulement sur le coup, mais aussi dans le temps). Ce qui me fait dire qu’il y a donc des chances pour que le roman ne me laisse pas un souvenir impérissable.

En bref

En bref, Arpenter la nuit de Leila Mottley fut une bonne lecture dont on ressent toute la force et l’engagement. L’autrice s’attaque à des sujets difficiles mais les traite sans maladresse ni voyeurisme malvenu, ce que j’ai trouvé très appréciable. C’est un roman social sur les réalités de la vie d’une jeune fille noire des quartiers défavorisés des États-Unis qui est entraînée dans une spirale infernale dont elle ne sait plus comment sortir – et qui est magnifiquement incarnée par la narratrice du livre audio. Malgré mon attachement aux personnages et ma compassion, j’avoue que j’aurai aimé ressentir davantage d’émotions. Je m’attendais à être touchée plus profondément – et donc à me trouver face à une histoire qui n’est peut-être pas si impérissable que ça.

Ma note

Ma note : 15/20

La citation d’Arpenter la nuit

Camila m’a prise par la main en faisant attention à ne pas m’écorcher la peau avec ses faux ongles en acrylique. Elle nous a appelé une voiture et elle a dit qu’elle me déposerait en allant chez son client. Une fois à bord, elle m’a expliqué ce que je devais faire pour devenir comme elle, où aller, à quelle heure, comment m’habiller, et je me suis dit qu’après tout c’est peut-être là que finissent toutes les filles au bout du rouleau.

Leila Mottley, Arpenter la nuit

Le mot de la fin

C’est la fin de cette septième chronique consacrée à l’un des romans de la sélection du Prix Audiolib 2024 ! Si tu n’as pas encore eu l’occasion de les croiser, voici les précédents avis que j’ai déjà publiés :

La fin de l’aventure du Prix Audiolib se rapproche à grands pas. La preuve : ma huitième chronique (sur Peindre la pluie en couleurs d’Aurélie Tramier) arrivera dès lundi et devrait être suivie de près par une nouvelle (à propos de Traverser la nuit d’Hervé Le Corre, dont je suis justement en train de finaliser l’écoute). Il ne me restera ensuite plus qu’à découvrir le très plébiscité Les Yeux de Mona de Thomas Schlesser dont la longueur (16h40 !) me fait un peu peur, mais qui promet d’être très instructif et tout en sensibilité. Alors, rendez-vous au prochain épisode !

Mais, avant de partir, viens me dire en commentaires si tu avais déjà lu ou entendu parler d’Arpenter la nuit de Leila Mottley !

À bientôt pour un nouvel article !

Amandine Stuart

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