DES RÊVES DANS LA MARGE

Karine Rennberg, Meute

Résumé de l’éditeur

Roman atypique lycantrope, Meute suit les traces de Nathanaël, Val et Calame. Le premier est un loup-garou né de la violence et la solitude qui se débat au sein d’une meute qui ne lui convient pas. Le second est un humain à qui l’on a volé la voix. Quand le troisième entre dans leur vie bien malgré eux, des tensions s’installent et menacent de tout déchirer. Comment trouver son équilibre, dans un monde où les secondes chances n’existent pas ?

Ce récit fantastique est avant tout celui d’une tranche de vie, de ce moment où tout bascule entre le noir et la couleur.

Karine Rennberg est une autrice nantaise. Elle explore l’imaginaire avec une prédilection pour les mondes durs teintés de magie, et les personnages remplis de failles et de couleurs.

Actusf

Fiche technique

Titre Meute

Autrice : Karine Rennberg

Édition – Collection : Actusf – Bad Wolf

Nombre de page : 320

Date de parution : 04.03.2022

Âge : À partir de 17 ans

Prix : 20.90€

Remarque : J’ai lu ce livre durant le Mois de la Fantasy 2022.

Mon avis

C’est l’histoire d’une rencontre. Une rencontre entre des personnes que tout oppose.

Nath est un homme solitaire qui ne parvient pas à s’intégrer à sa meute (et n’en ressent aucunement l’envie), ne se sentant redevable qu’auprès de Marc, l’Alpha, qui l’a sauvé lors de sa transformation et lui permet aujourd’hui de la supporter. Nath n’est loyal envers personne… sauf Val, son meilleur ami et partenaire de mission, asexuel devenu muet suite à une attaque de rue il y a quelques années. Chacun surveille les arrières de l’autre, chacun sait tout de l’autre et chacun protège l’autre peu importe la situation.

Un jour, Marc va confier une nouvelle mission à Nath : Surveiller pendant quelques jours un garçon apparu de nulle part qui refuse toute nourriture, est totalement mutique, sursaute au moindre bruit ou geste brusque… et semble avoir subi de nombreuses maltraitances. La peinture et le dessin sont les seules choses qui l’apaise et le canalise.

Autant dire que ce topo est loin d’enchanter Nath qui ne veut rien avoir à faire avec cette histoire. Il n’est pas baby-sitter et n’a absolument aucune fibre protectrice – encore moins avec les gamins traumatisés. Mais il va le faire, parce qu’il est redevable auprès de Marc. Et puis, ce n’est que l’histoire de 3 ou 4 jours.

Ouais. On y croit.

Sauf que non.

Parce que Nath va commencer à comprendre ce garçon (qui va vite être baptisé Calame) et à communiquer (bien que difficilement) avec lui. Et petit à petit, une forme d’attachement va naître entre ce petit artiste brisé et ce loup qui préfère s’exprimer avec ses poings dans des combats d’arène.

Meute, juste Meute

Ça ne t’étonnera pas si je te dis que j’ai d’abord été attirée par cette lecture à cause (ou grâce à) de tous ses points communs avec Le Clan Bennett de T.J. Klune (aka ma série de livres préférée de tous les temps). Des loups-garous. Une rencontre. Des liens qui se nouent. Une famille qui se crée. Des personnages en marge. Des âmes solitaires. Comment aurais-je pu résister ?

Pourtant, je m’étais clairement dit avant de commencer ma lecture qu’il était absolument hors de question que je passe mon temps à comparer Meute et Le Clan Bennett. D’abord parce que je ne demandais pas au premier de surpasser le deuxième, je savais que c’était impossible et ce n’était même pas ce que je lui demandais. Ensuite parce que ça aurait clairement desservi le roman et ma lecture. C’est bien simple : il n’y a et il n’y aura toujours qu’un Clan Bennett, de même qu’il n’y a qu’un seul et unique Meute. Ça, c’était pour la théorie.

Dans la pratique, ce fut loin d’être aussi simple. J’avoue que mon cerveau (de sa propre volonté, ce traître !) à fait beaucoup de rapprochements entre les deux histoires. Aussi bien sur des points très factuels (comme la maison dans les bois ou la description de la transformation) que sur des points beaucoup plus insaisissables comme la saveur générale du roman (oui, les romans ont des saveurs), une ambiance particulière, une description ou l’expression d’un personnage. Je comparais. Et souvent au détriment de Meute, je dois bien l’avouer.

Et pourtant… ce ne fut pas aussi présent que j’aurais pu le craindre. Et ce pour la très bonne raison que Meute possède une identité et un univers bien à lui.

Une écriture encore jamais vue

D’abord par sa narration à la deuxième personne du présent. (Ce qui donne quelque chose comme : « Tu ouvres la porte. Tu regardes ton meilleur ami. Il a un air renfrogné sur le visage et tu te demandes ce qui peut le contrarier. » Bla-bla-bla. Je sais, mes talents d’autrice sont incroyables. Mais t’as compris le principe.) Tout ça pour dire que lire un livre de 350 pages en TU constant, c’est perturbant. Surtout au début. En ce qui me concerne, les 5-10 premières pages sont bien passées… Et après j’ai commencé à trouver ça vraiment bizarre.

J’ai eu un peu de mal à m’y habituer. Et même si j’ai fini par m’y faire, je ne peux pas dire que j’ai totalement réussi à intégrer et à adhérer à ce style. Pour autant, il y avait certains passages où je ne voyais même plus ce TU qui collait parfaitement au paysage (en particulier dans les passages du point de vue de Calame, j’y reviendrai plus tard), mais parfois ils revenaient me sauter au visage au point que j’avais du mal à me concentrer sur ce que disait le texte (comme dans le point de vue de Val par exemple). Mais bon, comme je l’ai dit, on ne pourra pas dire que ce roman n’est pas atypique – ce qui en l’occurrence est à la fois un bon et un mauvais point.

Un univers pour le moins minimaliste

Autre élément qui fait que Meute est une histoire unique : son univers. Et je ne parle pas spécialement des loups-garous en disant ça. Mais bien de l’environnement dans lequel évoluent les personnages. Nous nous trouvons dans une dystopie… Dont nous savons en réalité très peu de choses, mis à part que le soleil aurait brûlé une grande partie des systèmes technologiques de la Terre. Ce qui veut dire plus de téléphone, plus d’agriculture intensive, plus de Google.

Alors on se débrouille pour trouver un substitut à l’essence, on économise le chauffage, on utilise des panneaux solaires. Et ça, c’est pour les plus riches et les plus chanceux. Parce que cette grillade générale à aussi entraîné l’arrivée d’une société régie par les gangs, où le marché noir est installé à la vue de tous, où on rationne la nourriture, où on troque ce que l’on peut et où, si l’on veut arriver à vivre plus ou moins confortablement, on se bat. Dans les rues, dans les tournois d’arènes pour gagner de l’argent, dans les attaques de fourgons pour tenter de récupérer des vivres ou des médicaments… C’est un monde de violence. En particulier pour Nath et Val qui sont nés dans ces quartiers où s’aplatir veut dire mourir. Voilà à peu près tout ce que je peux te dire.

Pour ce qui est du reste, l’autrice reste volontairement dans le flou, comme si nous vivions dans ce monde depuis toujours. Ainsi, il nous est impossible de nous repérer. Nous savons que l’on est dans une ville, qu’elle est composée de différents quartiers, qu’il y a une forêt en périphérie, et d’autres villes au nord et au sud. Point. On ne peut pas faire plus succinct en terme de worldbuilding. Encore une fois, c’est super original. Et même si je me suis posée des questions sur ce phénomène de « minimalisme littéraire », j’avoue qu’il ne m’a pas vraiment perturbée.

Il en est de même pour tout l’aspect lycanthropique de Meute. L’autrice traite cette question comme le reste : avec normalité (et je dirai presqu’avec détachement). Les loups-garous existent. Voilà. Bon, on sait que ça à un peu surpris nos personnages au début, mais ils se sont vite faits à cette nouvelle réalité et aux nouvelles règles que ça impliquait. C’est certainement la partie « survolée » qui m’a le moins dérangée.

Parce qu’il faut dire que Karine Rennberg avait bien d’autres choses sur lesquelles s’attarder.

Un trio de points de vue et de personnalités

Comme je l’ai évoqué tout à l’heure, Meute est constitué de trois points de vue, ceux de nos 3 personnages principaux : Nath, Val et Calame. Jusque-là, rien de spécial. Sauf que l’autrice arrive encore une fois à se démarquer en adaptant son style d’écriture en fonction du personnage à travers lequel elle regarde. Chaque garçon a ainsi sa propre façon de penser et de s’exprimer. Ce qui leur rajoute une véritable valeur-ajoutée, une personnalité et un background qui les guident et les définissent.

Ce phénomène est particulièrement visible avec Calame. Tu sais, le jeune garçon traumatisé qui ne trouve l’apaisement que dans la peinture et le dessin. Et bien figure-toi qu’il utilise aussi les couleurs comme un moyen d’expression constant. Pour lui, chaque personne, chaque émotion et chaque souvenir sont associés à une couleur en particulier. C’est un véritable kaléidoscope de nuances arc-en-ciel. Et franchement, j’ai trouvé ça magnifique. Calame est pour moi le principal point fort de ce roman, tout en fragilité et en poésie. (Même si le phénomène n’est pas inédit pour moi puisque, si tu te souviens bien, le système était déjà utilisé par T.J. Klune dans Le Clan Bennett – bien que ce soit dans une moindre mesure).

D’un point de vue plus général, ces personnages et le roman tout entier flirtent constamment entre une extrême violence et une extrême fragilité. Ce qui est très paradoxal, mais je ne sais pas comment le dire autrement. On est sans cesse ballotté entre les combats sanglants des arènes et la douceur nécessaire en présence de Calame. Chaque personnage est à fleur de peau, en particulier Nath pour qui les événements s’enchaînent trop vite et trop brutalement. J’ai moi-même eu un peu de mal avec cette balance qui ne parvient pas à s’équilibrer, entre ce chaud et ce froid. Encore une fois, je ne sais pas comment le dire, mais… Des gens meurent et à côté on fait du chocolat chaud et des gâteaux et tenter de nourrir un gosse qui se laisse dépérir et n’a même plus la force de se lever. Tu vois ? L’écart est trop grand.

Ce qui veut dire que l’on se retrouve autant à fleur de peau que les personnages. En particulier avec le cycle de la lune qui rythme le roman (on a un dessin de croissant qui évolue à chaque nouvelle chapitre) comme un compte à rebours de plus en plus présent et inaliénable. Ce qui fait que la tension ne fait qu’augmenter. Et ça finit forcément par exploser.

Des relations qui impliquent le lecteur

Je précise que si chaque point de vue à sa spécificité, la combinaison des personnages réunis est aussi une belle réussite. Il y a une dynamique qui fait que leur relation est belle et complémentaire. Qu’ils se connaissent depuis toujours comme Nah et Val ou qu’il faille encore tout construire comme avec Calame, au fond ça ne change rien. Parce qu’ils se sont trouvés.

Et il ne faut surtout pas sous-estimer toute la dimension dramatique et tragique de Meute. Il y a de l’action, des retournements de situation, des personnages qu’on a envie de tuer de nos propres mains et d’autres qu’on veut juste prendre dans nos bras et protéger contre le reste du monde. Je décerne d’ailleurs une mention spéciale à Luka, un personnage que j’aurais adoré voir plus.

Tout ça pour dire qu’il ne faut pas croire que ce roman à une trame toute tracée. Non. C’est bien plus compliqué que ça. J’ai eu peur, j’ai tremblé et je me suis plusieurs fois interrogée sur la tournure qu’allait bien pouvoir prendre la fin de cette histoire, parce qu’elle ne contient aucune certitude.

En bref

En bref, Meute de Karine Rennberg est un roman positivement à part qui s’apparente à une tranche de vie, remplie de violence et d’humanité, sur le fait de se trouver et de se reconstruire. Cette histoire est au fond bien plus une leçon d’humanité qu’un énième roman de loups-garous. Et si j’ai parfois pu être déstabilisée par des choix stylistiques et narratifs, il n’en reste pas moins que Meute est à découvrir !

La citation

L’arc-en-ciel chante autour de toi, chaud et vibrant et réconfortant malgré la présence de celui qui ne parle pas. Il est assis dans un coin de l’atelier, un coussin calé dans le dos, un livre à la main, tranquille pendant que tu l’observes.

Tu veux comprendre. Pourquoi il peut toucher celui qui est Ambre sans intensifier le noir douleur, pourquoi il arrive à faire reculer la bête orange acide qui lui grignote l’âme. Il n’est pas loup, pourtant ; il n’est pas la meute. Pourquoi aide-t-il ? Ceux en blanc n’aidaient jamais.

Tu scrutes ses couleurs, tu tends l’oreille à leurs murmures. Et parce qu’il a tenu le monde à l’écart pour toi, parce qu’il ne brise pas la bulle arc-en-ciel, parce qu’il n’est jamais rouge sang même s’il en porte sur lui… Cette fois les couleurs s’agencent enfin.

Et tu vois.

Tu vois ce qu’il y a entre lui et celui qui est Ambre, et qui ressemble au large lien flamboyant qui brûle de coeur à coeur et d’esprit à esprit et de loup à loup entre toi et celui qui est ton Alpha. Une corde solide, tissée de nuances de vert et de bleu et de rouge et de noir et de blanc, ancrée partout sur leurs corps, cicatrice à cicatrice, marque à marque, déchirure à déchirure…

Celui qui ne parle pas est la meute aussi, même s’il n’est pas un loup.

Karine Rennberg, Meute

Ma note

Le mot de la fin

Cet article est beaucoup trop long et je m’en excuse. Mais il faut croire que j’avais pas mal de choses à dire !

En te souhaitant un bon début de semaine, je te dis à bientôt pour un prochain article !

Amandine Stuart

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