DES RÊVES DANS LA MARGE

Clémentine Beauvais, Songe à la douceur

Résumé de l’éditeur

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ?

Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

Éditions Sarbacane

Fiche technique

Titre Songe à la douceur

Autrice : Clémentine Beauvais

Édition – Collection : Sarbacane – Exprim’

Nombre de page : 248

Date de parution : 24.08.2016

Âge : À partir de 13 ans

Prix : 15.50€

Mon avis

On se retrouve aujourd’hui pour parler de mon dernier coup de cœur : Songe à la douceur de Clémentine Beauvais. J’avais déjà pu toucher du doigt le talent de l’autrice pour nous offrir des histoires atypiques et incroyables avec sa superbe plume dans Brexit Romance et Décomposée. Mais nous atteignons avec ce livre un niveau de virtuosité littéraire que je n’avais personnellement que très rarement rencontré. Viens, je t’explique tout plus en détail !

What are you ?

Avant de parler du fond de cette histoire, il me paraît primordial de parler de sa forme. Parce que je ressens une certaine réticence à le qualifier de roman. Songe à la douceur constitut un hybride parfait entre de nombreux genres. À la fois roman, poésie et théâtre. À la fois romance, tragédie et réécriture. Ce sont tous ces statuts littéraires si particuliers que l’autrice parvient à combiner dans son œuvre (à défaut de pouvoir trouver une meilleure appellation).

La première chose que l’on remarque en ouvrant Songe à la douceur, c’est cette mise en page si singulière. Bien sûr, le récit est écrit en vers. Mais il y a plus que ça. Comme si les mots, de par leur forme et leur emplacement sur la page, cherchaient à s’exprimer par eux-mêmes, à nous dire autre chose ou à épouser leur signification. (Il y a d’ailleurs de véritables calligrammes !!) Comme si un ballet cherchait à s’affranchir de cette limite formée par ce rectangle blanc. Et je salue d’ailleurs l’incroyable travail de mise en page qui a été fait et qui a dû coûter pas mal d’arrachages de cheveux à certaines personnes du service éditorial.

Changement de taille. De police. De forme. À chaque nouvelle page tournée se trouvait une surprise inventive et audacieuse qui me régalait les yeux. Ce qui me fait dire que cette œuvre est non seulement un objet littéraire propre, mais aussi un objet artistique (plastiquement parlant) à part entière.

Didascalies

Puis, en plongeant plus avant dans la lecture, on se rend compte que la narration a tous les attributs de celle d’une pièce de théâtre. Avec ces différentes voix, ces différents points de vue, qui se font entendre. Bien évidemment, il y a celles d’Eugène et de Tatiana, nos deux personnages principaux.

Mais, beaucoup plus surprenant, il y a celle de l’autrice ou de la narratrice (on ne sait pas très bien) qui n’hésite pas à interrompre le déroulé des événements pour dire “attends lecteur, on fait une pause parce qu’il faut que je te parle de ça” ou bien des petits commentaires du style “dis lecteur, tu trouves pas qu’Eugène est vraiment stupide de sortir cette réplique maintenant ?”. Ces intrusions peuvent désarçonner au début, mais j’ai vite trouvé qu’elles avaient leur charme, qu’elles apportaient une touche supplémentaire de charisme au récit – et j’ai fini par me délecter par avance de ces interventions toujours très savoureuses.

Un petit goût d’ailleurs

Dès les premières lignes, ce récit s’annonce comme une histoire d’amour tragique (qui semble ne rien avoir à envier aux grecs). À moins que l’autrice ne décide de changer le cours des événements ? Nous pouvons en tout cas l’espérer.

Car tout est possible avec les réécritures. Clémentine Beauvais déclare en effet s’être librement inspiré de ce classique de la littérature russe pour écrire son livre : Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine dans sa troisième parution en 1837, mais aussi dans une adaptation opératique de Piotr Ilitch Tchaïkovski en 1879. Même si je n’ai pas (encore) lu ce roman, je dois dire que la littérature russe est une facette qui m’intéresse beaucoup et qui me fait rêver dans ses thématiques et les façons qu’elle a de traiter ses sujets (toujours avec beaucoup d’amours impossibles, de tragédie et de poésie dans l’écriture). Déjà à l’époque, Pouchkine a écrit son roman en vers (en tétramètres iambiques si tu veux tout savoir), ce qui ne devait déjà pas courir les étagères.

Mais, en toute honnêteté, on ne ressent pas dans l’écriture ce goût de l’ancien. Ou pour le dire plus justement : Clémentine Beauvais joue parfaitement entre les registres de langue. Elle allie magnifiquement le style de notre expression actuelle (très moderne, parfois familier ou même cru) avec des mots et des formulations qui semblent tout droit venus d’un autre temps. Et pourtant, tout s’emboîte et se complète naturellement pour créer un style unique où ressort beaucoup de nostalgie et de vivacité.

Attraction et opposition

Nostalgie et vivacité sont d’ailleurs les deux mots qui me semblent le mieux caractériser nos personnages. Eugène et Tatiana. Le premier à 17 ans et est un garçon blasé par absolument tout mais surtout par la vie. Rien ne l’intéresse ni ne l’enchante. Il est affreusement solitaire et ne croit en rien ni en personne. Tandis que la seconde, à 14 ans, vit par procuration des histoires d’amours qu’elle lit et relit dans les classiques de la littérature. Elle rêve éveillée en attendant de pouvoir vivre sa propre grande histoire. Celle qui changera sa vie. Ces deux opposés vont se rencontrer et rapidement s’apercevoir que, aussi étonnant que cela puisse paraître, de nombreux points communs les relient.

En tout cas, cette description de caractères n’est vraie que pour une partie du roman. Celle du passé. Celle de l’adolescence. Cette moitié de la double-temporalité que s’attache à suivre cette histoire. Parce que la vie va séparer ces deux adolescents… Et les faire se recroiser 10 ans plus tard, alors qu’ils sont maintenant de jeunes adultes que les événements du passé ont modelés pour faire devenir des individus totalement différents de ce qu’ils étaient avant. Je dirais même que leurs personnalités se sont inversées. Ils ont changé. Mais des aimants peuvent changer, ils restent des aimants. C’est, pour moi, ce que sont Eugène et Tatiana. Des aimants rongés par les contradictions et les regrets (qui sont, selon moi, les thèmes majeurs de Songe à la douceur). Des aimants qui tantôt s’attirent et tantôt se repoussent. De façon à ce que nous ne sachions jamais quelle facette finira par l’emporter.

This is the end

Ce qui fait que ces 248 pages défilent à une vitesse impressionnante. On est entraînés par le courant de ces vers qui ne font que nous pousser vers la fin de cette histoire. Une fin que l’on attend impatiemment. Une fin que l’on redoute fébrilement. Une fin qui nous surprendra forcément. Une fin digne de cette histoire coup de cœur, signée par une autrice qui s’impose dans mon panthéon personnel des personnalités à suivre de près !

En bref

En bref, Songe à la douceur de Clémentine Beauvais est un véritable OLNI (objet littéraire non identifié) qui mêle les genres et les statuts pour nous ancrer dans une double-temporalité à l’histoire d’amour tragique. D’adolescents à jeunes adultes, Eugène et Tatiana vont incarner des figures de héros intemporels et sans-âges qui sauront charmer les lecteurs de 13 à 113 ans. Une œuvre à lire, à regarder mais surtout à contempler.

Ma note

La citation

Qui dit mise en page particulière, dit procédé particulier pour la citation du jour. Il m’était en effet impossible de reproduire cette disposition ici. C’est pourquoi j’ai décidé d’intégrer directement deux pages du livre, de façon à rendre justice du mieux possible aux mots de l’autrice. Profites de ta lecture !

Le mot de la fin

C’est la fin de cette longue chronique ! Elle m’a demandé beaucoup de temps de création mais je suis contente d’avoir donné de mon temps pour ce coup de cœur qui le mérite amplement !

On se retrouve demain pour le traditionnel TBTL de la semaine, vendredi sur Instagram pour la citation hebdomadaire mais aussi samedi (si tout va bien) pour une nouvelle chronique !

Alors à bientôt !!

Amandine Stuart

5/5 - (2 votes)

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2 Commentaires

  1. Rêveuse 16 septembre 2022

    Ce livre est fabuleux, pour moi c’est aussi un gros coup de cœur.

    https://reverenattache.wordpress.com/

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