DES RÊVES DANS LA MARGE

Franck Hériot, Champs de bataille

Résumé de l’éditeur

Charles est reporter de guerre. Il a 25 ans. Sa vie se brise sur une route du Liban. Quand il rouvre les yeux, il est paralysé… Champs de bataille raconte l’histoire de son combat pour remarcher : les longs mois passés à l’hôpital, la rééducation, les séances de torture quotidiennes, la détresse et la rage. Heureusement, il y a sa mère aimante et rassurante, les amis fidèles, un jeune patient de 9 ans en fauteuil, qui force son admiration, Sophie la douce infirmière, ou encore les auteurs qui ne le quittent pas : Sagan, Gary, Cohen, Hugo, Hemingway, Rimbaud, Céline… Charles oscille sans cesse entre abattement et opiniâtreté pour composer avec ce nouveau corps. Comment s’échapper de soi-même pour se reconstruire ? Une renaissance est-elle vraiment possible ?

Un roman poignant entre abîme et lumière

Journaliste, éditeur, créateur de la revue Crimes et Châtiments, consacrée aux faits divers, Franck Hériot a surtout écrit des romans policiers, dont La Femme que j’aimais, primé au Festival international du film policier de Liège, et distingué par le prix du Printemps des lecteurs. Il est aujourd’hui secrétaire général du prix du Quai des Orfèvres.

Éditions du Rocher

Fiche technique

Titre : Champs de bataille

Auteur : Franck Hériot

Édition – Collection : Éditions du Rocher – Littérature ; Roman français

Nombre de page : 336

Date de parution : 03.02.2021

Âge : À partir de 16 ans

Prix : 18.90€

Remarque : Je remercie vivement et chaleureusement les Éditions du Rocher pour l’envoi de ce livre. Je précise toutefois que mon avis n’en sera pas moins transparent, honnête et sincère.

Mon avis

Comme tu as déjà pu le remarquer dans cet article, le sujet du handicap en littérature m’intéresse beaucoup. Alors quand j’ai lu le résumé de Champs de bataille, je me suis dit qu’il serait bien de voir cette notion traitée dans un roman à connotation plus « adulte ».

En général

Mais autant le dire tout de suite, cette histoire ne m’a pas convaincue. En effet, j’y trouve beaucoup de choses à redire…

Commençons par ce qui m’a causé le plus de problèmes : le fait que Charles soit un personnage extrêmement antipathique, au point d’en devenir presque détestable. J’avoue lui avoir trouvé beaucoup d’excuses au début, mais j’ai bien été obligé de constater qu’il n’évoluait pas. Je comprends tout à fait qu’une telle épreuve, lorsqu’elle vous tombe dessus, vous détruise non seulement physiquement mais aussi moralement. Parce qu’elle vous oblige en quelque sorte à vous redéfinir de A à Z.

Mais Charles refuse d’envisager les choses de cette manière. Pour lui il est inimaginable de ressortir de cette épreuve autrement que sur ses deux jambes et sans aucune séquelle. Comme si rien ne s’était passé. Sauf que chacun sait que ce genre d’épisode ne laisse indemne. Nous sommes donc ici face à une question d’acceptation. Attention ! Je n’ai jamais dit que se relever d’un tel événement était facile, au contraire. C’est autant une reconstruction physique qu’une mise à niveau de sa fierté. Chose que Charles a bien en tête. Une part de lui sait qu’il doit faire ce cheminement, au risque de ne jamais être capable de vivre sa nouvelle vie. Mais cette part est minime. C’est donc plutôt l’autre qui l’emporte au quotidien et qui fait de lui quelqu’un d’égocentré, d’aigri et de buté.

Tu me diras, c’est important d’avoir du caractère et de savoir se faire entendre dans ce genre de situation, et c’est parfaitement exact. Mais ça n’autorise pas à devenir méchant au point de faire fuir une bonne partie de son entourage. Encore une fois, l’acceptation de la perte de sa mobilité et de son autonomie peut prendre du temps. Mais dans le cas de Charles, ça reste de la fierté mal placée. ⚠ Attention spoiler (sélectionnes la partie blanche pour voir le texte) ⚠ : Aux deux-tiers du roman, lorsqu’il à retrouver presque toutes ses capacités, excepté pour ce qui est de l’incontinence et du fait de ne pas pouvoir marcher des heures sur un terrain difficile, il n’arrive toujours pas à remonter la pente. J’ai trouvé ce point extrêmement exagéré de sa part, parce que, soyons honnête, après tout le chemin qu’il a parcouru, ces deux derniers points ne devraient pas être ce qui l’empêche de vivre. Faire une fixette là-dessus m’a semblé presque indécent et insultant. Bref, ce personnage râle et bougonne sans arrêt, toujours en train de pleurer sur son sort… Et ça ne me l’a pas du tout rendu sympathique !

J’en viens donc au deuxième point qui m’a déplu dans Champs de bataille qui est qu’il ne faut clairement pas que tu lises cette histoire si tu as envie de sujets tels que la reconstruction et de revanche sur la vie. C’est un récit extrêmement noir et pessimiste dont je n’ai pas réussi à comprendre le message, le but. C’est d’ailleurs une des raisons qui font que j’ai eu beaucoup de difficultés à le terminer. Je lisais parce qu’il fallait que je le termine, mais pas parce que j’en avais envie. Ce qui est déjà un problème en lui-même…

Pour terminer, j’aimerais ajouter que, selon moi, il y a une petite méprise dans le résumé de l’éditeur. En effet, je trouve que celui-ci insiste beaucoup sur les personnages secondaires (« sa mère aimante et rassurante, les amis fidèles, un jeune patient de 9 ans en fauteuil, qui force son admiration, Sophie la douce infirmière »). Seulement, l’immense majorité d’entre eux ne font qu’un passage éclair dans le récit et ne servent, pour ainsi dire, à pas grand-chose. Charles prend toute la place et oblitère le reste, alors que je pense sincèrement qu’il aurait été intéressant de développer ses personnages et d’en apprendre plus sur leur propre histoire. Histoire dont Charles n’a même pas la curiosité et l’amabilité de s’enquérir…

En bref

En bref, Champs de bataille de Franck Hériot fut clairement une déception, de par son personnage trop antipathique et son pessimisme dans le récit. Ça n’en fait pas pour autant un livre à éviter à tout prix, je pense simplement qu’il n’a pas résonné en moi pour la vision de la vie qui y est dépeinte. Mais si tu te reconnais dans ce que j’ai pu décrire au-dessus, n’hésite pas à te pencher plus sérieusement sur cette histoire.

Pour te donner un ordre d’idée, je lui ai mis 10/20 sur Booknode, ce qui n’est pas affreux (mais qui est en revanche loin d’être bien). D’ailleurs, si tu ne connais pas Booknode, je te conseille d’aller y jeter un oeil, c’est là que je ressence toutes mes lectures depuis toujours (avec des notes et avis).

Voilà à quoi ressemble mon compte Booknode !! Je sais, c’est fou !

Ce roman sera disponible à partir de mercredi prochain, le 3 février 2021.

Ma note

Les 5 citations

Avant de commencer un nouveau livre qui m’intéresse j’aime aller checker quelques citations pour voir si le style d’écriture me plait. Voici donc cinq citations (toujours garanties 100% sans spoilers, évidemment !). Libre à toi de les lire ou pas, suivant si tu aimes bien savoir dans quoi tu t’engages ou si tu veux garder le total plaisir de la surprise.

Je rêve. Rêver n’est pas vivre, je le sais. De même sais-je qu’à trop rêver je risque d’en venir à préférer le rêve à la réalité, à m’extraire du monde. Mais le rêve m’empêche de me disloquer. Alors je continuerai à m’inventer tant qu’il me faudra supporter cette réalité qui m’épouvante.

Franck Hériot, Champs de bataille

À rester trop longtemps enfermé dans un hôpital on prend le risque d’avoir moins de visiteurs – ce doit être la même chose en prison. Le temps érode les meilleures volontés, écorne les amitiés fragiles. Ce n’est pas pour me déplaire. Le combat que je mène est un combat solitaire. Je n’ai que peu d’énergie à consacrer aux autres.

FRANCK HÉRIOT, CHAMPS DE BATAILLE

Quand nous sommes arrivés à Garches, il faisait déjà nuit. J’avais le ventre vide, mais je n’ai rien pu avaler. Sitôt arrivé dans ma cellule je me suis allongé sans prendre la peine de me déshabiller. J’ai mis du temps à m’endormir, repassant en boucle les éléments de la journée. Une journée trop pleine, trop pesante. Étrange aussi. Elle m’a fait penser à un grand tableau noir recouvert de dessins et de mots tracés à la craie blanche qu’une main invisible aurait effacés d’un coup de brosse. Tout ce qui faisait ma vie d’avant venait de disparaître avec une facilité déconcertante. En un claquement de doigts. Définitivement. En quelques heures. D’une tombe à l’autre.

FRANCK HÉRIOT, CHAMPS DE BATAILLE

Il s’est contenté de dire que c’était une belle phrase sans avoir la curiosité d’en connaître l’auteur. Il s’est inquiété de savoir si j’étais croyant. Là, j’ai pensé qu’on partait sur de mauvaises bases. Je n’avais aucune envie de me lancer dans un débat sur la foi. Ce n’était ni le lieu ni le moment. Allez cogiter quand on vous ramène les genoux dans le menton et les coudes sous les aisselles ! Moi, je n’ai jamais pu faire deux choses à la fois.

FRANCK HÉRIOT, CHAMPS DE BATAILLE

Il y a eu un nouveau silence. Il m’a demandé de me mettre sur le ventre. En me retournant j’ai failli lui dire que les gens dans ma situation supportaient assez mal les conseils des biens portants, de ceux dont les vies sont des lignes droites ou des cercles parfaits, pour reprendre l’expression de l’adjudant-chef Alifa. Que savent-ils de la souffrance, que savent-ils de ces cataclysmes qui balaient une existence en un rien de temps ? J’ai préféré me taire de crainte de le vexer, qui sait s’il n’avait pas vécu lui aussi des moments difficiles.

FRANCK HÉRIOT, CHAMPS DE BATAILLE

Le mot de la fin

Voilà pour cet avis pour le moins mitigé.

Du coup, maintenant j’ai envie de me plonger dans quelque chose de remarquable. Aide-moi ! Rendez-vous en commentaires pour me dire quelle a été ta dernière bonne lecture !

Amandine Stuart

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