DES RÊVES DANS LA MARGE

Frédéric Schmitter, La Section Lucky

Résumé de l’éditeur

La Section Lucky est un groupe de six adolescents :

Anne, Erwan, Isabelle, Olivier, Urielle et Yves.


Sur les îles du Ponant, ils font tous partie du même collège.

Et chacun vit séparément sur son caillou entouré d’eau.

C‘est Gaspard qui les relie durant l’année scolaire 1984-85.

Très joueur, l’écrivain voyage avec des mots pour tout bagage.

Il entend initier les jeunes îliens aux secrets des lettres.

On guette bientôt l’arrivée du curieux passager sur les quais.

Nul doute que Gaspard saura élargir les horizons étroits.


L‘auteur avoue un penchant pour les trucs un peu compliqués.

Un casse-tête chinois pourrait l’occuper toute une nuit.

C‘est la littérature à contraintes qui l’amène à l’écriture.

Kamikaze, il bat un record de palindrome avec J. Perry-Salkow.

Y a-t-il des choses cachées dans ce livre ? Potentiellement.

Éditions du Rocher

Fiche technique

Titre La Section Lucky

Auteur : Frédéric Schmitter

Édition – Collection : Éditions du Rocher – Littérature ; Roman français

Nombre de page : 152

Date de parution : 06.01.2021

Âge : À partir de 15 ans

Prix : 14.90€

Remarque : Je remercie vivement et chaleureusement les Éditions du Rocher pour l’envoi de ce livre. Je précise toutefois que mon avis n’en sera pas moins transparent, honnête et sincère.

Mon avis

Quand j’ai vu cette couverture et se résumé sur NetGalley, j’ai tout de suite pensé que cette histoire pourrait me plaire. Alors j’ai demandé à le recevoir, et ai rapidement été exaucée ! Absolument ravie, j’ai donc lu La Section Lucky hier soir en deux petites heures. Qu’en est-il ressorti ? La réponse juste ici…

En général

J’ai d’abord beaucoup aimé l’environnement et la forme du roman qui nous entraîne dans les îles bretonnes à la rencontre de six collégiens tous très différents. La Section Lucky est un récit choral où Gaspard est le fil conducteur de la découverte humaine et littéraire qui se joue ici. Ce pédopsychiatre et écrivain représente tout ce que j’aime dans ce type de personnages : quelqu’un d’un peu déjanté et assez anticonformiste. Nous découvrons donc en même temps que lui ces petits coins sauvages les plus reculés de France. Un panorama somme tout très agréable à cette période de l’année. Tout aussi agréable que les enfants qui le peuple d’ailleurs.

Mais ce que je ne t’ai pas encore dit, c’est qu’en plus de Gaspard et de ses élèves, il y a un septième personnage principal dans cette histoire : la langue française. Sans elle il n’y aurait pas de roman puisque ce dernier lui consacre une véritable ode. C’est une vraie déclaration d’amour aux lettres, aux mots, aux phrases et à l’extraordinaire matériaux qu’ils représentent et à tous les infinis inquantifiables qu’ils nous offrent.

J’ai déjà évoqué plusieurs fois que je suis étudiante en licence de Lettres et que, comme tu peux t’en douter, la littérature et tout ce qui la compose m’ont toujours passionnée. Je pense donc être un assez bon lectorat pour ce genre de récit. Quoique. Celui-ci a le mérite d’être très éloigné de tous les manuels techniques que j’ai déjà consultés pour mes cours puisqu’il présente un vrai romanesque, ce qui fait notamment que tout ce que nous abordons en même temps que les collégiens est loin d’être rébarbatif.

Durant ma lecture, j’ai appris beaucoup de choses (malgré tout). Mais la chose qui, je pense, m’a le plus marquée est le fait que la langue française et la façon de l’employer fonctionnent de manière très mathématique. Eh oui, moi aussi ça me fait mal de l’admettre, mais c’est pourtant la réalité. Certains profs avaient déjà tenté de me l’expliquer, mais je restais très dubitative quant à cette théorie. Je ne le suis plus aujourd’hui.

Frédéric Schmitter arrive parfaitement à nous démontrer par A+B (pardonne moi l’expression) et à force d’exemples et de schémas (très instructifs d’ailleurs) que la littérature n’a pas tant à voir avec le stylo qui file sur le papier, que sur une réflexion et des exercices poussés. Je n’ai jamais pensé qu’écrire n’était pas un « vrai travail », mais j’avoue que voir de telles démonstrations m’a beaucoup marquée.

D’ailleurs, je pense avoir été en présence d’un roman très interactif puisque je me suis vue plusieurs fois être prise au jeu et chercher moi-même ce que je ferai à la place d’Annie, d’Erwan, d’Isabelle, d’Olivier, d’Urielle ou d’Yves.

Et c’est peut-être là que je voudrais notifier un bémol (eh oui, tout ne peut pas toujours être parfait). Nous suivons des collégiens qui sont ici parfaitement capables d’écrire des merveilles et de tout de suite comprendre et appréhender les consignes et nouvelles notions présentées par Gaspard. Et je dois avouer que ce point me paraît assez peu réaliste. Attention ! Loin de moi l’idée de remettre en question les facultés créatives et intellectuelles des enfants, je sais qu’ils sont capables de choses fabuleuses. Je m’interroge simplement sur la réaction et les résultats de ma cousine (qui est en 3ème) si je lui présentais de telles activités à réaliser… Je doute sincèrement qu’ils soient égaux à ce qui nous est montré dans le livre.

Je sais aussi que le but de La Section Lucky est de nous présenter une époque et un environnement différents de ceux dans lesquels nous vivons, sans internet ou téléphones portables. Est-ce que j’y vois pour autant une critique de l’éducation actuelle que nous donnons aux enfants ? Je ne pense pas. Ou alors elle est très discrète, même si j’avoue m’être posée la question durant ma lecture.

Et même si je parle beaucoup de la langue et de ses jeux depuis tout à l’heure, je tiens tout de même à te rappeler que La Section Lucky est aussi un roman à proprement dit où on découvre des personnages (que l’on aime plus ou moins) et leur vie (qui nous touche plus ou moins). Il me semble important de ne pas perdre cela de vue.

En bref

En bref, La Section Lucky de Frédéric Schmitter est un roman qui m’a fait passer un très bon moment et qui conviendra à tous ceux qui souhaitent apprendre ou redécouvrir les innombrables possibilités que nous offre la langue française. Un bien joyeux programme qui peut finalement tout à fait être abordé en s’amusant, très loin de tous manuels techniques ou scolaires, tout en ouvrant une jolie histoire de vies et d’un amour commun pour les belles formulations.

La Section Lucky de Frédéric Schmitter sera disponible en librairie à partir du 6 janvier 2021 (demain si tu lis cet article au moment où je le publie).

Ma note

Les 5 citations

Avant de commencer un nouveau livre qui m’intéresse j’aime aller checker quelques citations pour voir si le style d’écriture me plait. Voici donc cinq citations (toujours garanties 100% sans spoilers, évidemment !). Libre à toi de les lire ou pas, suivant si tu aimes bien savoir dans quoi tu t’engages ou si tu veux garder le total plaisir de la surprise.

Ce qu’il espérait enseigner avant tout à ces joyeux gamins, c’était l’art de voir le monde d’un point de vue différent, juste en fermant un oeil ou en faisant un pas de côté.

Frédéric Schmitter, La Section Lucky

Maman aimait courir, toujours tôt, à l’air frais du matin, quand aucun bruit humain n’amoindrissait son plaisir. Connaissant tout à fait son parcours, passant ici sur un tapis d’ajoncs, là dans un amas d’imposants cailloux (du granit). Maman oubliait son mal. Courir ainsi la transportait loin du tracas qu’on lui causait à l’hôpital. Un jour, Maman n’a plus voulu qu’on lui administrât aucun soin palliatif. Courir sur son îlot fut son calmant final. Un lundi matin, son corps raidi tomba du lit : la mort, l’Ankou, avait fait son travail dans la nuit. Papa hurlait. Dormant non loin, j’avais tout compris. Plus jamais sa voix n’apaisa mon chagrin. Plus jamais son parfum n’adoucit mon affliction. Jamais plus nous n’aurons l’occasion d’unir nos mots d’amour.

FRÉDÉRIC SCHMITTER, LA SECTION LUCKY

– Tu as bien fait. C’est un embarras qu’on rencontre fréquemment avec des contraintes dites molles. Bénéficier de trop de liberté dans l’écriture est souvent à l’origine de la page blanche. Par quel mot commencer, lequel choisir parmi ceux de la vaste liste allant d’abaca à zythum ? C’est comme une route où il manque des panneaux de signalisation : on ne trouve jamais son chemin. Finalement, plus on a de règles à respecter et plus on est libre, pour atteindre son but, d’utiliser des astuces, des fantaisies auxquelles on n’aurait jamais pensé sans y être obligé.

Urielle médita ces propos. Voilà maintenant que la contrainte libérait ! Ça semblait fou, mais Gaspard avait raison.

FRÉDÉRIC SCHMITTER, LA SECTION LUCKY

Olivier n’était pas du genre à contester un ordre et s’exécuterait sans broncher, mais l’Attachant Barbu se demandait s’il n’allait pas parfois un peu trop loin avec ses collégiens. C’est qu’il avait envie, lui qui n’avait pas eu d’enfant, de leur transmettre toutes ses expériences accumulées au fil des ans, ces petits trucs, ces tours de passe-passe, ces méthodes d’écriture la plupart du temps basées sur les mathématiques. Ça pouvait occasionnellement paraître tordu mais, à bien y réfléchir, ce qui en résultait n’était pas si compliqué à appliquer.

FRÉDÉRIC SCHMITTER, LA SECTION LUCKY

Lorsqu’un auteur prend la décision de mettre fin aux jours d’un de ses personnages, il se substitue au destin et son geste lui procure un sentiment mitigé de toute-puissance et de profonde culpabilité.

FRÉDÉRIC SCHMITTER, LA SECTION LUCKY

Le mot de la fin

Voilà pour ce petit article relativement éloigné de ce que tu peux avoir l’habitude de voir ici, mais que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire.

Est-ce que ce roman te tente ?

Moi je profite de mes derniers jours de vacances en retournant à mes lectures.

Amandine Stuart

P.S. : Tu te demandes peut-être pourquoi je poste un article un mardi au lieu des vendredis habituels. Il y a deux raisons à cela : je tenais vraiment à te donner mon avis sur ce livre avant sa sortie, et j’ai aussi pensé que ce serait une bonne façon de marquer le coup pour ma dernière semaine de vacances. (Et il est fort possible que, si tout se passe comme je l’espère, tu ais une autre surprise très bientôt. Alors reste aux aguets 😉 !)

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2 Commentaires

  1. Dominique Guiou 6 janvier 2021

    magnifique compte-rendu de cet extraordinaire roman,! il n’y a rien à ajouter, tu es une lectrice hors pair, guidée par un goût sûr. je te tutoies car tu tutoies ton lecteur!

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