
Le Résumé de Délivrez-nous du bien
Harlowe, petite ville rurale du New Hampshire non loin de Boston, est un coin tranquille où tout le monde se connaît et où chacun a sa place : Fanny, avec sa voix insipide et son regard vide, est juchée sur son perchoir derrière le comptoir du magasin d’alimentation générale ; John passe la niveleuse ou le chasse-neige, au choix, lorsque la commune le lui demande ; la femme pasteur prononce son sermon tous les premiers dimanches du mois.
Mais cet ordre paisible est petit à petit amené à changer à compter du jour où Perly Dunsmore fait son apparition. Ce commissaire-priseur au charme indéniable, globe-trotter averti, raffiné, poli et instruit, atterrit sans qu’on sache trop pourquoi à Harlowe où, avec l’aide du chef de la police locale, Bob Gore, il commence à organiser des ventes aux enchères dans le but d’améliorer la sécurité et de faire prospérer la petite communauté. Les habitants jouent plus ou moins le jeu, et font don de choses et d’autres remisées à la grange, à la cave ou au grenier, et dont ils n’ont plus vraiment l’utilité.
Puis, lorsque les demandes se font de plus en plus pressantes et que les refus sont poliment écartés, les choses commencent peu à peu à déraper. Que souhaite réellement ce Perly Dunsmore, qui se présente comme le sauveur désintéressé de ce petit bout de campagne qui n’a pourtant lancé aucun appel à l’aide ? Et jusqu’où est-il prêt à aller pour l’obtenir ?
Roman sur les rouages infernaux de la dépossession des plus pauvres et des menaces des forces de l’ordre, cette fiction à mi-chemin entre le thriller, le nature writing et le grand roman américain est un conte sensible et terrifiant sur la perte d’identité et le vol des âmes, l’effondrement de la morale face à la loi des marchés et la peur de ceux qui ne possèdent rien ou très peu, qui les conduisent à une forme déroutante de soumission. Et, ultimement, il pose au lecteur l’essentielle mais angoissante question : jusqu’où, exactement, peut-on céder ?
Éditions Monsieur Toussaint Louverture
Fiche technique
Titre : Délivrez-nous du bien
Autrice : Joan Samson
Édition : Monsieur Toussaint Louverture
Pages : 300
Parution : 5 janvier 2024
Âge : À partir de 15 ans
Formats & Prix : Papier : 16.50€ • Ebook : 9.99€
Mon avis sur Délivrez-nous du bien
Je ressors assez mitigée de cette lecture. D’un côté, j’ai beaucoup aimé les thèmes abordés, que Joan Samson traite avec une grande justesse. La ruralité, la dépossession et les rapports de pouvoir sont au cœur du récit, et j’ai apprécié la manière dont le roman montre peu à peu la fragilité d’une communauté face à ce qui vient bouleverser son équilibre.
J’ai également été sensible à la tension psychologique qui s’installe progressivement. Il y a quelque chose de profondément anxiogène dans cette histoire : on sent la situation se dégrader sans savoir jusqu’où elle va aller ni quel sera le fameux point de bascule. Cette tension, qui confine parfois au thriller d’horreur, m’a poussée à poursuivre ma lecture avec le besoin presque désespéré de découvrir comment tout cela allait finir.
Mais c’est aussi là que le roman m’a posé problème. Délivrez-nous du bien est terriblement lent. Joan Samson prend énormément son temps, multipliant les descriptions et certaines répétitions qui finissent par alourdir le récit. Paradoxalement, cette lenteur dessert parfois la tension qu’elle cherche justement à installer : à force de faire durer certaines situations, l’effet de menace s’émousse et le soufflé finit par retomber.
Je reconnais donc au roman de belles qualités, notamment dans son traitement de la ruralité et de la dépossession, ainsi que dans sa capacité à créer un climat de malaise qui s’installe durablement. Mais j’ai également ressenti une certaine frustration face à ce rythme très contemplatif, qui m’a empêchée de profiter pleinement de l’atmosphère oppressante du récit.
Bref, une lecture intéressante et parfois franchement glaçante, mais qui m’a laissée avec un sentiment partagé. Les thèmes et la tension étaient prometteurs, mais la lenteur et les répétitions ont malheureusement fini par prendre le dessus.
Ma note

La citation de Délivrez-nous du bien
« Ce bébé est disponible là, aujourd’hui. Par conséquent, à moins que vous vouliez que vos petits-enfants aient les yeux bridés ou les cheveux crépus, c’est maintenant ou jamais. Le fait est que dans ce monde, il faut payer pour avoir ce qu’on veut. »
Un couple situé deux bancs devant les Moore échangea un regard. La femme hocha la tête. Elle était mince et jolie, mais pas jeune. L’homme, qui avait des cheveux poivre et sel, coupés en brosse, haussa légèrement les épaules et se tourna vers Dunsmore.
« Alors, la manière la plus simple de résoudre le problème épineux de savoir qui prend l’enfant est de l’offrir à l’achat par la méthode consacrée en Nouvelle-Angleterre : les enchères. »
Joan Samson, Délivrez-nous du bien
Le mot de la fin
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Amandine Stuart
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