DES RÊVES DANS LA MARGE

Crazy, Ceux qui vivent du sang versé

Résumé de l’éditeur

Février 2012, Chicago.

Paul, employé modèle, ne vit que pour son travail : assassin au service d’une agence internationale. Lorsque, démasqué par sa cible, il s’allie à sa voisine de cellule afin de s’échapper, il ne s’attend pas à découvrir que les vampires existent et que Carmilla, cette jeune femme sensible et pacifiste, est la dernière d’entre eux.

Juillet 2012, Pontoise.

Mortellement blessé, renié par ses employeurs, Paul se réfugie chez Carmilla, seule capable de le sauver. L’enquête qu’ils vont mener pour laver son nom bouleversera leur vie à tous les deux.

Éditions du 38

Fiche technique

Titre : Ceux qui vivent du sang versé 

Autrice : Crazy

Édition – Collection : Le 38 – Fantastique

Nombre de page : 396

Date de parution : Septembre 2019

Âge : À partir de 15 ans

Prix : 22.00€

Remarque : J’ai reçu ce livre grâce à mon abonnement Boobox.

Mon avis

Tu te souviens que suite au challenge FAIS VRILLER TA PILE À LIRE auquel j’ai participé le mois dernier, je m’étais mis au défi de lire un livre de ma PAL chaque mois ? Eh bien ça faisait déjà quelque temps que celui-ci attendait sagement que je daigne bien vouloir m’occuper de lui (depuis septembre 2020 pour être tout à fait précise).

Comme tout le monde, j’ai eu ma période vampirique. Je ne lisais pratiquement que ça. Mais c’était il y a déjà longtemps, et ça faisait donc un sacré bail que je n’avais pas touché une histoire de vampire. Alors en le voyant arriver dans mon abonnement Boobox, j’ai décidé de le garder parce que j’étais curieuse de voir si le genre me plaisait toujours, mais surtout de voir s’il avait réussi à se réinventer et à devenir un peu plus original. (Parce qu’il faut bien avouer que ces romans finissaient par un peu tous se ressembler…)

Donc, est-ce que Ceux qui vivent du sang versé parvient à se détacher des autres écrits du même genre ? Je te dis ça tout de suite !

En général

Commençons par ce que je considère comme la chose la plus importante dans une histoire : les personnages. D’abord, il y a Carmilla. La vampire, c’est elle. Et c’est quelque chose que je trouve important de souligner : c’est une femme. Parce que tu remarqueras que d’habitude le vampire est toujours un homme pour lequel une humaine va s’enticher, et on connaît la suite… Donc, j’ai déjà apprécié ce point. Mais Carmilla n’est pas seulement définie par sa nature. C’est aussi quelqu’un d’assez drôle, très geek (genre hackeuse et tout le tralala), à la fois forte et déterminée, mais aussi fragile parfois. Elle incarne vraiment le type de personnage féminin que j’apprécie. Une jolie rencontre.

Et puis il y a Paul. Je vais tout de suite mettre les choses à plat : il fait partie des personnages les plus complexes que j’ai pu croiser. Ce qui en fait quelqu’un de difficile à décrire. Mais pour essayer de l’esquisser légèrement, je dirais qu’il est un mélange de froideur, d’innocence, de brutalité, de douceur, de bonté, et de loyauté. Pour être clair, Paul est complètement perdu, même s’il n’en a pas l’air. C’est vraiment un personnage intéressant, que j’ai cherché à comprendre durant toute ma lecture. Je ne dis pas qu’il est devenu un de mes personnages préférés, mais simplement qu’il est original et mérite d’être découvert.

Il y a un thème en particulier qui est traité dans Ceux qui vivent du sang versé que j’ai trouvé très juste et très bien amené : la question identitaire, et celle du rapport au corps. C’est surtout Paul qui est confronté à ses questions, et c’est une facette primordiale de sa personnalité. Cette notion contribue à le faire évoluer et à le guider tout au long du roman. Malheureusement, je ne peux pas te parler du pourquoi ou du comment, parce que ça te spoilerait de trop. Mais crois-moi, avant d’être une intrigue de vampire, c’est surtout une quête de soi que vivent Paul et Carmilla (même si pour elle c’est peut-être moins évident à voir, c’est tout de même présent et non moins important).

Pour ce qui est du style d’écriture de l’autrice, j’ai trouvé que Crazy avait une plume fluide et efficace, pas trop simple mais pas trop sophistiquée non plus. Bref, juste ce qu’il faut pour que l’on passe un bon moment, avec un équilibre entre les descriptions, les réflexions internes, les dialogues, et les actions. En plus, les chapitres sont vraiment courts (5-6 pages en moyenne), ce qui permet de ne pas nous lasser et de créer une certaine addictivité à la lecture.

J’aurais cependant deux petits reproches à faire sur ce roman.

Le premier étant que le résumé de l’éditeur est, selon moi, assez mal fait. En effet, en présentant ce résumé en deux parties, l’une à Chicago et l’autre à Paris, on s’attendrait à ce que la première soit relativement courte (comme une sorte d’introduction) pour que la suite nous entraîne dans l’intrigue. Alors que j’ai découvert que la première partie représente un bon gros tiers du roman. C’est à dire que pendant les 100-120 premières pages, il n’y avait aucun suspense puisque je savais comment cette première partie allait se terminer et comment la deuxième allait commencer.

Ce qui fait que je me suis un peu ennuyée durant ce premier tiers, ayant hâte que la suite débute. Je trouve ça vraiment dommage parce qu’en réalité cette première partie est vraiment importante pour la suite. Je ne pense pas que ce soit la faute de l’autrice, mais peut-être plutôt de l’éditeur… Bref, j’ai été assez déçue par ce point.

Le second reproche que je fais au roman concerne un manque de développement sur un point précis de l’histoire. Il est dit dans le résumé de l’éditeur que Carmilla « est la dernière » des vampires. En effet, on apprend rapidement que l’espèce a été exterminée par une sorte de maladie suite à une énorme guerre contre les loups-garous. On sait aussi que Carmilla est la seule à en avoir réchappé, elle-même ne sachant pas vraiment comment. Et à part deux ou trois détails supplémentaires, c’est tout ce qui nous sera dit. J’avoue avoir été quelque peu désarçonnée… Ça me paraît sincèrement être un point primordial, mais qui n’a pas été exploité.

Cette idée me paraissait très bonne et originale, alors pourquoi ne pas en avoir fait quelque chose ? Pour illustrer la même impuissance que Carmilla ressent, peut-être ? Admettons. Mais n’empêche qu’à défaut d’avoir le pourquoi c’est arrivé, nous aurions pu avoir le comment. Comment ça a commencé ? Comment se sont manifestés les symptômes et l’avancée de la maladie ? … Ce genre de choses ! Je suis donc restée sur ma faim, avec pas mal de questions restées sans réponses.

Pour terminer, je souhaitais dire que j’avais beaucoup apprécié la morale, le message de l’histoire. Ce n’est pas quelque chose que l’on voit souvent, mais qui est pourtant très important, nous en conviendrons tous. Mais j’ai peur de t’en dire plus, parce qu’elle prend vraiment forme à la fin du roman, et je pense donc que ça te gâcherait trop de choses.

En bref

En bref, Ceux qui vivent du sang versé de Crazy est un bon roman fantastique, qui change un peu des classiques du genre. Il a su se démarquer en faisant du personnage féminin la vampire, et en ne faisant pas de ce point l’élément central de l’histoire. Le personnage de Paul est, à mon sens, le plus intéressant des deux et mérite vraiment d’être souligné. Toutefois, je reproche à ce livre d’avoir un résumé trop spoilant et de manquer de certains points de détails.

Ma note

Les 5 citations

Avant de commencer un nouveau livre qui m’intéresse j’aime aller checker quelques citations pour voir si le style d’écriture me plait. Voici donc cinq citations (toujours garanties 100% sans spoilers, évidemment !). Libre à toi de les lire ou pas, suivant si tu aimes bien savoir dans quoi tu t’engages ou si tu veux garder le total plaisir de la surprise.

Mission accomplie.

Il rengaine son arme et referme la porte, puis reporte son attention sur la jeune femme. À sa stupéfaction, elle est encore consciente et presse la paume contre son abdomen. Un sang noir et épais suinte entre ses doigts, et elle jure en français, à mi-voix.

Ce n’est pas normal. Ni le fait qu’elle se redresse et s’asseye, quoique péniblement. Son premier réflexe est de la mettre en joue. Dieu sait qu’il a vu bien des choses dans son métier, mais là…

– Putain, ça fait mal… gémit-elle.

Elle commence à sangloter, et deux trainées rouges coulent bientôt de ses yeux. Elle lève la tête vers lui lorsqu’elle l’entend réarmer son Beretta. Elle a l’air terrifiée.

– S’il vous plaît… Je… Ne tirez pas, s’il vous plaît.

Il est assez tenté de le faire. Avec une telle blessure, elle devrait être morte ou mourante. Et il est bien placé pour savoir qu’un cadavre ne se relève pas. D’un autre côté, quoi qu’elle soit, elle s’est spontanément interposée, sans parler des soins qu’elle lui a prodigués pendant qu’ils étaient prisonniers.

Et surtout, si la rafale de l’Uzi n’a pas suffi, il n’est pas sûr que ses balles à lui soient plus efficaces.

– Vous… êtes quoi ? lâche-t-il finalement, le pistolet toujours braqué sur son crâne.

– Une vampire, répond-elle comme si cela lui coûtait.

CRAZY, CEUX QUI VIVENT DU SANG VERSÉ

– Waouh ! s’exclame-t-elle à mi-voix en tournant délicatement les pages.

Il lui jette un regard interrogateur, sans toutefois s’interrompre.

– C’est un livre de Lignée du Taureau, répond-elle à sa question muette. Un arbre généalogique, si tu veux, mais avec une description des hauts faits de ses membres. C’est assez rare, il n’en existe guère qu’une demi-douzaine par Maison, dans le monde, pour autant que je sache. Quoique j’aie entendu parler de copies ou de versions plus succinctes réalisées au XIXe siècle. Il y en a aussi qui ont été perdus ou détruits.

Elle s’interrompt un instant pour consulter les dernières pages écrites.

– Et il est à jour, en plus ! Enfin, jusqu’à avant la mort de Lord Guillaume. Mais ça veut dire plein de noms de vampires à ajouter à ma liste de recherches. Yessss !

Elle se redresse brusquement et, avant qu’il ait le temps de réagir, se penche vers lui, plante un baiser sur sa joue et s’éclipse au sous-sol. Ses lèvres ont laissé comme une empreinte froide sur sa peau. Il la frotte du revers de la main, jusqu’à ce que la sensation disparaisse.

CRAZY, CEUX QUI VIVENT DU SANG VERSÉ

Ils ont parcouru près d’un kilomètre lorsque la vampire lui fait signe de ne plus bouger. Elle s’approche des arbustes qui bordent la rive, s’accroupit et commence à émettre de petits claquements de lèvres. Il observe, méfiant. Les buissons s’agitent, puis une douzaine de léporidés en émerge et s’attroupe devant la jeune femme. Du geste, elle en congédie la moitié, un par un, gardant les autres auprès d’elle.

La scène a quelque chose d’irréel et lui évoque une imagerie de dessins animés. Mais la ressemblance s’arrête là : un premier animal s’avance ; elle le prend dans ses bras, comme elle le ferait pour un nouveau né, et enfouit le visage dans son cou. Elle relève la tête deux secondes après, une trace brune sur les lèvres, repose la bête, lui caresse le dos, et tend la main en direction du suivant. La procédure se répète jusqu’au sixième et dernier. Lorsqu’elle se redresse enfin, Carmilla sort de sa poche une poignée de granulés, qu’elle répand au sol. À son signal, ses proies sautent dessus puis bondissent dans les fourrés une fois leur repas terminé.

– Et voilà ! déclare-t-elle en s’essuyant la bouche d’un revers de poignet. On peut y aller.

CRAZY, CEUX QUI VIVENT DU SANG VERSÉ

Le hurlement de l’alarme lui fait brutalement reprendre connaissance.

Danger ! Intrusion !

Elle se redresse dans un sursaut, enlève ses écouteurs et tend l’oreille.

Rien.

Rien que le bourdonnement agressif qui émane de son casque.

Il y a des années qu’elle n’a pas été réveillée pendant la journée – à moins de compter les essais qu’elle a fait lors de son installation ici, quand elle a testé l’efficacité de ses protections diurnes. C’est toujours mauvais signe. Son espèce n’est pas faite pour rester consciente pendant que le soleil est levé – il n’est même pas quinze heures, bordel ! – et l’expérience lui rappelle invariablement une de ses rares gueules de bois d’étudiante.

Elle sort de sa chambre et se dirige en grommelant vers ses serveurs et l’écran qui monitore le système de sécurité. Tout a fonctionné comme prévu, au moins. Les volets sont descendus – elle pourrait donc monter sans danger – et les caméras lui montrent le visage de l’intrus qui a osé envahir son logis.

– Merde !

CRAZY, CEUX QUI VIVENT DU SANG VERSÉ

Deux nuits plus tard, elle constate en se levant que Sophie lui a laissé un message pendant l’après-midi. La sexagénaire semble avoir planifié ses bulletins d’information tous les dix jours. Une régularité rassurante : tant que ce rythme est maintenu, il ne devrait pas y avoir de raison de s’inquiéter, non ?

Effectivement, les nouvelles sont bonnes : Charon a repris le travail avec son efficacité coutumière – elle ne peut cependant s’empêcher de grimacer en lisant cela – et sa gestionnaire lui a suggéré de la contacter quand il s’en sentirait capable.

Elle se demande comment elle réagira lorsqu’il donnera suite à cette incitation. Sa « thérapie par le jeu vidéo » fonctionne… à condition de ne pas se poser ce type de questions. Elle s’est habituée à son absence, c’est déjà ça. Mais est-ce que l’entendre la fera rechuter ?

CRAZY, CEUX QUI VIVENT DU SANG VERSÉ

Le mot de la fin

Au fond, c’était sympa de retomber dans un univers vampirique !

Et toi, tu en lis ? Un peu ? Beaucoup ?

À bientôt pour un nouvel article !

Amandine Stuart

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